« Ils ont mis le compteur EDF à leur nom » : Ils squattent la maison de retraités pendant les travaux et la mettent en location

« Ils ont mis le compteur EDF à leur nom » : Ils squattent la maison de retraités pendant les travaux et la mettent en location

Alain et Martine Guérini partent en travaux, laissent leur maison de Villeparisis temporairement vide, et des squatteurs en profitent pour s'y installer dès juin 2024. Pire : ils changent les serrures, transfèrent le compteur EDF à leur nom et mettent une partie des lieux en location. Un squat organisé, méthodique, qui illustre les failles béantes du système de protection des propriétaires en France.

Quitter sa maison le temps d'une rénovation, c'est une décision banale pour des propriétaires. Pour ce couple de retraités de Seine-et-Marne, cette absence ordinaire a viré au cauchemar. Des inconnus ont pris possession de leur bien, modifié les accès, et transformé leur domicile en une sorte de sous-location sauvage, le tout pendant que les procédures légales s'étiraient sur des semaines.

Le 5 août, policiers, gendarmes et commissaire de justice ont finalement permis à Alain et Martine de reprendre possession de leur maison. Mais les séquelles, elles, ne se récupèrent pas par décret.

Un squat organisé comme une véritable occupation illégale

Ce qui frappe dans l'affaire des Guérini, c'est la méthode. Les squatteurs ne se sont pas contentés de forcer une porte et de s'installer provisoirement. Ils ont agi comme s'ils étaient chez eux, avec une logique d'installation durable.

Un changement de serrures pour verrouiller l'accès

Première action des occupants illégaux : changer les serrures. Un geste simple, mais dont la portée est considérable. Les propriétaires légitimes se retrouvent littéralement exclus de leur propre bien, sans possibilité d'entrer sans recourir à la force, ce qui, paradoxalement, les exposerait eux-mêmes à des poursuites. Ce type de situation n'est pas isolé : on se souvient d'un propriétaire excédé qui avait choisi de détruire son logement à coups de masse pour en chasser les occupants, faute de solution légale rapide.

Le compteur EDF transféré à leur nom

Le transfert du compteur EDF au nom des squatteurs représente un niveau de sophistication supplémentaire. En obtenant un abonnement électrique à leur nom, les occupants se créent une forme d'existence administrative dans le logement. Ce document peut ensuite servir de justificatif de domicile, compliquer les procédures d'expulsion et brouiller la situation juridique pour les propriétaires. C'est une technique qui transforme une occupation illégale en quelque chose qui ressemble, sur le papier, à une présence légitime.

La mise en location : le squat rentabilisé

Mais l'audace ne s'arrête pas là. Une partie des espaces occupés a été mise en location par les squatteurs eux-mêmes. Concrètement, des tiers ont possiblement payé un loyer à des personnes qui n'avaient aucun droit sur le bien. Cette dimension commerciale de l'occupation transforme le squat en une opération financièrement motivée, ce qui aggrave considérablement la situation sur le plan pénal.

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Attention
Le vol potentiel impliquant l’un des occupants peut entraîner jusqu’à 3 ans de prison et 45 000 euros d’amende selon le code pénal français.

L'expulsion : une opération lourde pour récupérer ce qui leur appartient

Récupérer sa maison ne s'improvise pas. Pour Alain et Martine Guérini, cela a nécessité la mobilisation de policiers, de gendarmes et d'un commissaire de justice. Une opération coordonnée, encadrée par le droit, mais qui illustre l'absurdité de la situation : des propriétaires doivent déployer des moyens considérables pour rentrer chez eux.

Les délais légaux d'expulsion en France s'étendent de plusieurs semaines à plusieurs mois, selon les circonstances. La loi encadre strictement les procédures pour protéger les occupants, même illégaux, ce qui laisse les propriétaires dans une attente épuisante. L'affaire qui avait vu une squatteuse expulsée en dix jours de la maison d'un magistrat avait d'ailleurs soulevé des questions sur l'égalité de traitement selon le profil des propriétaires victimes.

Résultat : le couple a dû attendre, subir, et voir sa maison modifiée sans son accord pendant plusieurs semaines, avant que la machine judiciaire et administrative ne se mette enfin en mouvement.

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Information
En cas de squat avéré, les propriétaires peuvent saisir le préfet pour demander une mise en demeure administrative d’avoir à quitter les lieux. Cette procédure, introduite par la loi anti-squat, est distincte de la voie judiciaire classique et peut accélérer le processus dans certains cas.

Des dommages qui vont bien au-delà du matériel

La maison a été endommagée et modifiée sans l'accord des propriétaires. C'est un fait. Mais les Guérini portent aussi les séquelles invisibles de cette expérience : un traumatisme psychologique et émotionnel profond, une sérénité de retraite brisée, une confiance ébranlée dans leur capacité à jouir paisiblement de leur bien.

Posséder un logement en France n'immunise pas contre ce type de situation. Bien au contraire : le cadre juridique actuel, pensé pour protéger les plus vulnérables contre les expulsions abusives, peut se retourner contre des propriétaires qui ne sont pas armés pour naviguer dans ses méandres. Les lenteurs administratives, que le couple a vécues de plein fouet, découragent souvent les victimes et les poussent vers des solutions extrajudiciaires, parfois risquées. On notera d'ailleurs que selon certaines décisions de justice, un locataire qui dégrade un logement peut même échapper à toute indemnisation si le propriétaire a omis une simple formalité, ce qui donne une idée de la complexité du droit immobilier français pour les propriétaires.

3 ans
de prison maximum et 45 000 € d’amende pour le vol potentiel commis lors de l’occupation

Le cas de Villeparisis n'est pas un accident isolé. C'est le symptôme d'une vulnérabilité structurelle : un bien laissé vide, même temporairement pour des raisons légitimes comme des travaux, peut devenir la cible d'occupants illégaux organisés, capables de s'installer durablement et de rendre leur expulsion juridiquement et logistiquement complexe. Pour des retraités comme Alain et Martine, qui pensaient simplement rénover leur maison avant d'y couler des jours tranquilles, la leçon est amère. Et les séquelles émotionnelles, elles, risquent de durer bien plus longtemps que les procédures.

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