Le squat ne se limite plus aux logements. Depuis quelques années, le phénomène s'étend aux forêts privées, péniches, piscines, jardins, garages et terrains agricoles. Face à des procédures d'expulsion longues et un cadre juridique qui protège mal les propriétés non bâties, les propriétaires se retrouvent souvent démunis.
Le squat a longtemps été associé à une image précise : une porte forcée, un appartement occupé, un propriétaire désespéré. Mais le phénomène a évolué. En France, des propriétaires de forêts, de péniches, de piscines privées ou encore de simples garages découvrent aujourd'hui que leurs biens sont occupés sans leur accord. Le tout dans un cadre légal qui peine encore à s'adapter à cette réalité.
Et le problème ne se cantonne plus à quelques cas isolés. Le phénomène est décrit comme en pleine expansion, touchant des propriétés de natures très diverses, sur l'ensemble du territoire.
Les forêts privées, nouvelle cible des squatteurs
Alain, propriétaire d'un terrain forestier en Ille-et-Vilaine, en a fait la douloureuse expérience. Des individus se sont installés sur sa parcelle boisée, y ont formé un camp sauvage, coupé du bois sans autorisation, allumé des feux non contrôlés et laissé des déchets ainsi que des abris précaires derrière eux en partant. Les dégâts sont importants. Et la procédure pour obtenir leur départ a été longue, frustrante, jalonnée d'obstacles administratifs.
Ce type d'occupation illégale présente une particularité qui aggrave la situation pour les propriétaires : un terrain boisé est rarement surveillé au quotidien. Les squatteurs peuvent s'y installer pendant des semaines, voire des mois, avant d'être découverts. Le temps de la découverte, les dégradations sont déjà bien avancées.
Un cadre juridique insuffisant pour les terrains non bâtis
La loi anti-squat existe. Elle prévoit des sanctions. Mais elle a été pensée principalement pour protéger les domiciles et les logements habités. Les terrains non bâtis, qu'il s'agisse de forêts, de parcelles agricoles ou de refuges pour animaux, bénéficient d'une protection juridique nettement plus faible. Résultat : les propriétaires qui déposent plainte se heurtent à une exigence d'identification précise des auteurs, à la nécessité de prouver formellement leur titre de propriété et l'irrégularité de l'occupation, avant que les forces de l'ordre puissent intervenir. Des délais qui, dans les faits, laissent les squatteurs s'installer durablement.
Les terrains non bâtis (forêts, parcelles agricoles, jardins isolés) sont juridiquement moins bien protégés que les logements. La procédure d’expulsion y est plus longue et les forces de l’ordre ne peuvent intervenir qu’après identification formelle des occupants illégaux.
Les péniches et piscines, des propriétés vulnérables et peu anticipées
Le squat de biens atypiques ne s'arrête pas aux forêts. À Paris, les propriétaires de péniches amarrées au port de l'Arsenal ont été confrontés à des occupations illégales aux conséquences dramatiques : des bateaux ont été incendiés, des incidents violents ont éclaté. À La Rochelle, la situation a conduit les autorités locales et les propriétaires à renforcer significativement la sécurité des zones d'amarrage.
Les piscines privées, dans les campings et les résidences, sont également visées. Des individus s'y introduisent pour en faire usage sans autorisation, laissant derrière eux des dégradations et une insalubrité que les propriétaires doivent ensuite gérer à leurs frais. C'est d'ailleurs un sujet que le fisc surveille aussi de près, pour des raisons bien différentes.
Jardins, garages, parkings : aucune propriété n'est épargnée
Le phénomène touche aussi des biens plus ordinaires. Jardins, garages, parkings privés, terrains agricoles, refuges pour animaux : la liste des propriétés squattées s'allonge. Dans chaque cas, le schéma est similaire. Le propriétaire découvre l'occupation avec retard, engage une procédure longue, et se retrouve dans l'incapacité d'agir rapidement. Le sentiment d'impuissance est largement partagé, au point que certains propriétaires hésitent même à investir dans la sécurisation de leurs biens, découragés par la lenteur du système.
Les nouvelles techniques de repérage utilisées par les cambrioleurs montrent d'ailleurs que les propriétaires font face à des menaces de plus en plus élaborées, bien au-delà du simple squat résidentiel.
Ce que peuvent faire les propriétaires face à l'occupation illégale
Concrètement, les options disponibles restent limitées mais existent. Déposer plainte est la première étape, à condition de réunir les preuves nécessaires : titre de propriété, documentation de l'occupation irrégulière, identification des auteurs autant que possible. Sans ces éléments, les forces de l'ordre ne peuvent pas agir.
Sur le plan préventif, plusieurs propriétaires ont opté pour l'installation de barrières physiques et de systèmes d'alarme. La mise en place d'une surveillance partagée entre propriétaires voisins constitue également une piste sérieuse, notamment pour les terrains isolés difficiles à contrôler seul. L'exemple de La Rochelle, où un renforcement collectif de la sécurité a été organisé pour les péniches, illustre ce que peut produire une réponse coordonnée.
Pour engager une procédure d’expulsion sur un terrain non bâti, le propriétaire doit fournir une preuve formelle de sa propriété (titre foncier) et documenter précisément l’occupation irrégulière. L’identification des squatteurs est souvent exigée avant toute intervention des forces de l’ordre.
Une réforme législative réclamée pour mieux protéger toutes les propriétés privées
Le débat est ouvert. Des propriétaires, relayés par certains médias dont l'ADCF, appellent à une réforme du cadre légal pour étendre la protection contre le squat à tous les types de propriétés privées, pas seulement aux domiciles. L'argument est simple : une forêt privée, une péniche, un terrain agricole représentent un patrimoine que leur propriétaire a acquis légalement. L'occupation illégale de ces biens devrait déclencher des mécanismes de protection aussi efficaces que ceux qui s'appliquent aux logements.
Des couples de seniors ont déjà été confrontés à des situations extrêmes, perdant temporairement l'usage de leur bien dans des procédures qui s'étirent sur des mois. Cette réalité nourrit la demande d'une évolution législative plus large.
Mais la réforme tarde. Et pendant ce temps, le phénomène de l'occupation illégale de propriétés privées continue de s'étendre à des biens que leurs propriétaires n'avaient jamais imaginé devoir protéger contre ce type d'intrusion. La question n'est plus de savoir si le cadre légal doit évoluer, mais à quel rythme il sera capable de le faire.





