Les citrons vendus en supermarché en France sont loin d'être aussi naturels qu'ils en ont l'air. Deux pays fournisseurs, l'Espagne et le Brésil, concentrent l'essentiel des alertes sanitaires liées aux pesticides et aux traitements chimiques de conservation. Ce que les étiquettes ne disent pas mérite pourtant d'être connu.
Chaque année, des millions de citrons s'accumulent dans les rayons des grandes surfaces françaises sans que les consommateurs aient la moindre indication sur les substances chimiques qui ont pu être appliquées avant, pendant ou après la récolte. Une enquête publiée en octobre 2024, relayée notamment par Greenpeace, a mis en évidence des niveaux de contamination aux pesticides jugés trop élevés, en particulier sur les citrons verts disponibles dans plusieurs enseignes françaises de renom. Le constat est préoccupant, et les deux pays d'origine pointés du doigt concentrent à eux seuls une large part des problèmes identifiés.
Concrètement, les habitudes d'achat au supermarché méritent d'être reconsidérées à la lumière de ces données. Et ce n'est pas qu'une question de goût ou de terroir.
Les citrons espagnols représentent 80 % du marché français
L'Espagne domine très largement les rayons. 80 % des citrons jaunes disponibles sur le marché français proviennent de ce pays voisin. Ce chiffre, à lui seul, donne la mesure du problème : si les pratiques de traitement posent question, c'est la quasi-totalité des approvisionnements conventionnels qui est concernée.
L'Imazalil, un fongicide interdit en France mais présent sur les fruits
Le principal produit incriminé est l'Imazalil, un fongicide utilisé pour prolonger la conservation des agrumes après la récolte. Ce qui rend la situation particulièrement paradoxale : l'Imazalil est interdit en France pour une utilisation agricole domestique, mais il reste autorisé sur les fruits importés d'autres régions d'Europe, dont l'Espagne. Résultat : des résidus de cette substance se retrouvent directement sur la peau des citrons vendus en rayon.
Le problème devient concret dès lors que l'on utilise le zeste de citron dans une recette, une boisson ou une pâtisserie. Le zeste, en contact direct avec la peau du fruit, concentre les résidus. Et les étiquettes ne mentionnent rien de tel.
Cires pétrochimiques et gazages à l'éthylène
Au-delà de l'Imazalil, les citrons espagnols sont également soumis à d'autres traitements post-récolte. Les cires pétrochimiques sont appliquées pour donner aux fruits un aspect brillant et prolonger leur durée de vie en rayon. Les gazages à l'éthylène servent, eux, à accélérer ou uniformiser la maturation. Ces procédés sont courants dans la distribution à grande échelle, mais leur cumul sur un même fruit constitue un cocktail chimique dont les effets à long terme restent peu documentés pour le grand public.
Les citrons brésiliens et un cocktail de substances préoccupantes
Si l'Espagne domine en volume, le Brésil pose des problèmes d'une nature différente, mais tout aussi sérieux. Les citrons brésiliens entrent dans les circuits de distribution européens grâce à des dérogations du commerce international, et ils arrivent avec des résidus de substances particulièrement controversées.
Glyphosate, imidaclopride et cyperméthrine : trois molécules sous surveillance
Trois substances ont été identifiées sur les citrons brésiliens : le glyphosate, l'imidaclopride et la cyperméthrine. Le glyphosate est l'herbicide le plus utilisé au monde, régulièrement impliqué dans des débats scientifiques et judiciaires sur ses liens avec divers problèmes de santé. L'imidaclopride appartient à la famille des néonicotinoïdes, des insecticides largement mis en cause dans le déclin des populations d'abeilles. La cyperméthrine, un insecticide de synthèse, complète ce trio.
Pris séparément, chacun de ces produits fait déjà l'objet de restrictions ou de controverses. Mais c'est leur association, ce que les spécialistes appellent l'effet cocktail, qui augmente les dangers pour les consommateurs. Le cumul de molécules aux mécanismes d'action différents rend l'évaluation toxicologique bien plus complexe que l'étude de chaque substance isolément.
L’utilisation du zeste de citron dans une recette ou une boisson expose directement aux résidus de pesticides présents sur la peau du fruit. Ce risque s’applique aussi bien aux citrons espagnols qu’aux citrons brésiliens achetés en grande surface.
Ce que les étiquettes ne disent pas
Un point ressort avec force de cette enquête : les étiquettes ne renseignent pas sur les traitements subis par les fruits. Un consommateur qui achète un citron en supermarché n'a aucun moyen de savoir s'il a été traité à l'Imazalil, enrobé de cires pétrochimiques ou exposé au glyphosate pendant sa culture. La mention du pays d'origine est bien obligatoire, mais elle ne dit rien des pratiques agricoles ni des traitements post-récolte.
Cette opacité est d'autant plus problématique que les fruits traités aux cires ou aux fongicides ont souvent un aspect plus appétissant, plus brillant, plus "parfait" que des fruits non traités. L'apparence visuelle, qui guide souvent le choix en rayon, devient ici trompeuse. Ce manque de transparence dans les grandes surfaces françaises n'est pas sans rappeler d'autres angles morts de la consommation courante.
des citrons jaunes en France proviennent d’Espagne, où l’usage de l’Imazalil est courant
Alternatives concrètes pour éviter les citrons chargés en pesticides
Changer ses habitudes d'achat ne nécessite pas de renoncer aux agrumes. Plusieurs options permettent de réduire significativement l'exposition aux résidus chimiques.
Opter pour le bio et les circuits courts
Privilégier les citrons issus de l'agriculture biologique est la première démarche à envisager. Les labels biologiques certifiés interdisent l'usage des pesticides de synthèse, de l'Imazalil et des cires pétrochimiques. Le résultat est souvent un fruit à l'apparence moins uniforme, mais dont la peau peut être utilisée sans crainte pour les zestes. À l'image de ce que prônent certaines initiatives locales sur le tri et la consommation responsable, la traçabilité commence par des choix individuels.
Soutenir les producteurs locaux via les marchés, les AMAP ou les circuits courts offre une traçabilité accrue. Moins de temps de transport signifie moins de besoins en traitements de conservation post-récolte. Et demander directement la provenance et les pratiques de traitement aux vendeurs reste un droit que tout consommateur peut exercer.
Les gestes simples pour limiter l'exposition
Lorsque l'achat de citrons conventionnels est inévitable, quelques précautions réduisent l'exposition aux résidus. Laver soigneusement les fruits sous l'eau courante avec une brosse dédiée permet d'éliminer une partie des résidus de surface, notamment les cires et certains fongicides. Ce geste est particulièrement recommandé avant tout usage du zeste. Et si le citron est destiné uniquement à être pressé, le risque est moindre, la pulpe étant naturellement protégée par la peau.
Mais la vigilance s'impose aussi dans d'autres rayons. Comme pour les plantes désormais interdites en Europe, les réglementations évoluent parfois plus vite que les habitudes de consommation, et l'information disponible au grand public reste souvent fragmentaire.
Un citron bio à l’aspect moins brillant et moins uniforme qu’un citron conventionnel est souvent le signe qu’il n’a pas été traité aux cires pétrochimiques ni aux fongicides post-récolte. L’apparence imparfaite est ici un indicateur positif.
Les données publiées en octobre 2024 et les alertes de Greenpeace sur les citrons verts dans les enseignes françaises ont ouvert un débat qui ne se refermera pas facilement. La pression des consommateurs sur les distributeurs, combinée à une demande croissante pour des produits certifiés bio ou issus de circuits courts, reste le levier le plus efficace pour que les pratiques changent. En attendant, la règle est simple : savoir d'où vient son citron, et comment il a été traité, change radicalement ce qu'on met dans son verre ou dans sa tarte au citron.





